Son expérience à Médine

Avant de me rendre à La Mecque, j’avais prévu de passer quelques jours dans la ville de Médine.

Médine, simple et magnifique, berceau de l’histoire prophétique, est la ville où a émigré le Prophète après avoir été chassé de La Mecque par son peuple. Le Prophète y a trouvé refuge, loin de la persécution et du harcèlement que lui faisaient subir les notables mecquois, qui voyaient en lui l’homme qui pourrait détruire leur autorité et l’idolâtrie des statues. En effet, selon le message de l’Islam, le maître et l’esclave sont sur un pied d’égalité devant Dieu. Ils prient côte à côte à la mosquée. Il ne devait donc plus exister de supériorité de couleur de peau, d’origine,de rang social. Pour les notables au pouvoir à La Mecque, il n’était pas question de laisser un homme renverser l’ordre inégalitaire et injuste qu’ils avaient établi. Cette histoire si forte m’a accompagnée dans la ville historique, tandis que je cheminais sur les traces de personnages qui m’avaient tant impressionnée par leur foi, leur noblesse et par leur humilité aussi.

Sur place, j’avais pris mes quartiers dans l’hôtel qui se trouve face à la mosquée du Prophète. J’étais quand même étonnée de la modernité de la ville, bien sûr somme toute relative, mais la visiteuse occidentale que j’étais a tout de suite trouvé le confort et les petits plaisirs culinaires et matériels qu’elle n’aurait jamais imaginés.

J’avais déposé mes bagages dans la chambre et étais immédiatement partie prier. Le printemps était chaud, les rues calmes… L’appel à la prière s’est alors mis à résonner tout autour de nous. J’en étais bouleversée. Les commerces ont fermé leur porte ; et nous avons tous pris le même chemin en direction de la mosquée.

À Médine, la vie est régie par la foi, on y vit au rythme du rappel de Dieu. Je me sentais bien ici, où femmes et hommes, originaires des quatre coins du monde, Lui répondaient, ensemble. Un vent d’unité et de foi intense soufflait sur nous.

J’ai pénétré pour la toute première fois dans la mosquée du Prophète, le coeur battant à mille à l’heure et remplie de reconnaissance envers Dieu.

La mosquée est très vaste cent fois plus grande aujourd’hui qu’elle ne l’était à l’origine.

Tout à l’intérieur est beau, simple, épuré. Les arcades hautes et sublimes, les piliers colossaux et splendides m’impressionnaient. Des tapis propres et pourpres pour s’asseoir. Des exemplaires du Coran mis à disposition sur des étagères. La traduction des versets était disponible dans de très nombreuses langues. Je pris plaisir à en ouvrir certains et à les lire en anglais, en espagnol, en portugais, et je reconnaissais même le chinois.

Cela me rappelait un verset :

« Et parmi Ses signes, la création des cieux et de la terre, et la variété de vos langues et de vos couleurs. »

Ici et là s’étaient formés des groupes de femmes assises ou en prière. À mon tour, je me suis mise à prier, remerciant mon Seigneur de cette immense grâce, avant de m’asseoir et d’observer ce qui se passait autour de moi.

De tous âges, de toutes origines, ces femmes devant moi me bouleversaient. Elles étaient comme moi, j’étais comme elles, soumises à Dieu. J’étais tellement émue que je me suis mise à pleurer. J’étais venue accomplir un voyage spirituel qui allait aussi me reconstruire d’un point de vue personnel. Ici, au milieu d’elles, j’étais une femme anonyme, une personne parmi d’autres, pas de place pour l’ego, aucun passe-droit.

Je revenais à moi-même ; j’étais un être humain parmi les êtres humains. Tout simplement.

Chaque jour de ce voyage, j’ai fait mes cinq prières à la mosquée. Le reste du temps je lisais le Coran, ou bien j’allais sillonner les environs à la découverte des lieux historiques de Médine. Je me replongeais dans la biographie du Prophète, j’avais envie de voir les endroits mémorables de son histoire.

Sur place, j’avais également rejoint une copine française qui voulait me présenter à un groupe d’amies saoudiennes. Inconsciemment, je nourrissais des a priori sur ces femmes que j’imaginais forcément malheureuses, opprimées, et vivant dans la plus grande restriction. Tout en me rendant à leur invitation à dîner, je craignais de ne pas me sentir à l’aise parmi elles. J’imaginais déjà manger dans un endroit froid et inhospitalier.

Lorsque ma copine et moi sommes entrées dans la demeure de notre hôte, je n’en croyais pas mes yeux. Le lieu était spacieux, d’une grande beauté, avec de longs canapés de couleurs vives, des tables somptueuses, de la vaisselle clinquante.

Nous étions accueillies comme des princesses. Tout avait été prévu pour les invitées : boissons, amuse-bouche et nombreux cadeaux ! J’avais l’impression d’assister à un banquet. Je regardais toutes ces femmes accueillantes et souriantes.

Après le dîner, je me suis demandée si finalement je n’étais pas pleine de préjugés. J’étais peut-être comme celles et ceux qui, dans mon pays, pensaient que j’étais forcément malheureuse depuis que je portais le voile.

J’appréciais la simplicité de vie, à Médine ; j’éprouvais une sérénité sans pareil. J’aimais me promener dans les rues et observer les habitudes de gens culturellement si différents de moi.
Ce nouvel anonymat m’emplissait de bien-être et de tranquillité. Dans une société où le succès, la célébrité sont devenus des valeurs, des buts en soi ; dans une époque où l’ambition veut vous porter sous les feux des projecteurs ; dans une ère où réussir sa vie, c’est progresser sur l’échelle du succès, je n’étais plus qu’une femme parmi les femmes et les hommes état que je n’aurais jamais dû quitter.

Je redécouvrais après tant d’années « d’exception » ma vraie mesure, ma vraie place ici-bas.

J’étais une personne simple, dotée de qualités et aussi de défauts. En réalité, nul ne méritait d’être adulé, encore moins idolâtré. Ma venue à Médine remuait toutes ces pensées en moi.

C’était comme si chacun de mes pas de pèlerin m’éloignait de Diam’s. Je marchais et me rendais à l’évidence :

« Pourquoi regarde-t-on les gens célèbres les yeux trop souvent emplis de vénération ? Méritons-nous d’être portés au sommet de la réussite ? Est-ce bien raisonnable ? »

J’aimais ne pas me sentir différente du commun des mortels et j’étais prête à acquérir cette humilité que Dieu aime. La véritable élévation est celle de l’âme vers Dieu.

Ici, on ne me donnait aucun égard particulier. Du reste, on ne m’en devait aucun et c’était tant mieux, c’était juste.

Nous pouvons très bien nous apporter les uns les autres sans pour autant chercher à surpasser ou à écraser. Mais la société nous impose de réussir, de gravir les échelons, et la plupart des gens sont prêts à tout pour vivre l’ascension.

Pour ma part, je ne tenais plus en équilibre sur cette échelle aux barreaux bien fragiles ; j’avais atteint les cimes, là où il ne fait pas bon vivre, là où l’on est fatalement seul.

En équilibre instable, j’avais bien failli tomber pour de bon mais j’avais réussi à m’en sortir et ne voulais pas gâcher cette nouvelle chance. Je ne voulais plus jamais gâcher ma vie.

Les dix jours à Médine ont filé à grande vitesse, puis est venu le moment de voler pour La Mecque et d’accomplir la Omra, le petit pèlerinage.

5 Commentaires :

  1. avatar
    Hadjira
    22 h 19 min - 20 février 2020 / Répondre

    Salem alayki.

    Quel beau projet et quel beau texte Allahouma barik.
    Qu’Allah nous garde sur Son droit chemin et qu’il nous fasse mourir en pleine soumission !

  2. avatar
    SALAH
    12 h 29 min - 21 février 2020 / Répondre

    Machallah j’en ai des frissons rien qu’en lisant tes lignes quelle humilité!
    Qu’allah t’accorde tout ses bienfaits et que cette nouvelle aventure sois prospère inchallah.
    Diam’s ou Mélanie ton destin était de fouler le sol de Médine et de la Mecque subhannallah…
    Tu m’inspires à me rapprocher encore plus du divin…..

  3. avatar
    Umm imran
    16 h 59 min - 21 février 2020 / Répondre

    السلام عليك ورحمةالله
    Ç est une grande ni3ma d avoir pu vivre cette expérience j en ai pleurer tellement toucher par ce que tu as partager QAllah accepte ta omra et nous permets de nous reformer et de mourir sur le chemin droit
    J espère vraiment un jour pouvoir y aller vraiment

  4. avatar
    Hanna
    14 h 46 min - 22 février 2020 / Répondre

    Salem Mou3alaykum,

    Magnifique initiative.
    Que dieu vous récompense pour ce beau Projet.

    Bonne continuation inchallah 😉

  5. avatar
    Koufi
    14 h 30 min - 1 mars 2020 / Répondre

    Qu Allah facilite et met la baraka dans ton projet. Al hamdulilah Allah guide qui il veut Allahumma barik

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