Son expérience à La Mecque

Tout comme le Hajj (le grand pèlerinage) la Omra se compose de divers rituels à accomplir dans un ordre bien précis.

Parmi ceux-là, l’homme revêt deux longues pièces de tissu blanc qu’il noue solidement pour couvrir son corps. Cet habit, simple au possible, est le même que celui qu’il portera lorsqu’il quittera cette vie. Quel rappel bénéfique que celui de notre mort prochaine car il nous permet de relativiser nos soucis, et de remettre à leur place nos ego surdimensionnés. On se souvient que la vie est éphémère et qu’il faut oeuvrer en bien sans attendre. Que l’on retournera à Dieu.

Après cela, le fidèle se rend à la mosquée sacrée pour réaliser le reste des rituels. Parmi ceux-ci, le pèlerin observe sept tours autour de la Kaaba, puis effectue des allers-retours entre deux monts, comme le fit Hajar , la femme d’Abraham.

Dieu a honoré Hajar pour sa piété et sa patience en faisant d’elle un exemple à imiter lors de ce rituel : des milliards d’hommes marchent sur les pas de cette illustre femme.

Le grand pèlerinage, lui, dure cinq ou six jours pendant lesquels les pèlerins s’installent à Minah, à quelques kilomètres de La Mecque, pour y effectuer les rites.

Le lendemain matin, ils rejoignent Arafat, au milieu du désert. À l’endroit où le Prophète a passé l’après-midi entier, mains levées vers le ciel, à invoquer Dieu et à proclamer Sa Grandeur.

La plupart du temps, le pèlerin est loin de la ville, sans distraction superficielle. Nous prenons alors conscience que nos existences sont pleines d’occupations et de fréquentations parfois futiles ; on réalise qu’on passe trop souvent à côté de l’essentiel, trop occupés à remplir nos agendas.

Dans le désert, Dieu nous rappelle qui nous sommes. Avant d’être des amis, des parents, des cadres, nous sommes des créatures de Dieu. Loin du matérialisme, nous nous tournons vers notre âme, certains pour la première fois, en lui disant :

« Rappelle-toi d’où tu viens et où tu vas et quel est le véritable sens de ta vie. Ô mon âme, que vaux-tu sans les autres, sans ton apparence à la mode, sans maquillage, sans ton téléphone et sans le matériel ? »

À la tombée du soir, non loin, dans un lieu appelé Mouzdalifa, nous dormons à la belle étoile avant de revenir à Mina dans le but d’accomplir quelques rituels : c’est le jour de l’Aïd. Le musulman terminera alors son grand pèlerinage à La Mecque.

Lentement, je saisissais à quel point ces rites symbolisent le voyage de l’âme du serviteur vers l’agrément de son Seigneur. Le pèlerin laisse son pays, ses biens, sa famille et s’en va répondre à l’appel divin. Avant même de partir, j’étais profondément émue par cet acte d’adoration et de foi.

Nous ne sommes jamais préparés à la réalité de ce genre de voyage, car nous ne sommes jamais des pèlerins dans nos vies quotidiennes… En outre, le mot « pèlerinage » ne m’était pas familier.

C’est un terme que j’associais aux croyants sans en savoir plus sur sa réelle signification.

Certes, j’avais bien vu des images de la Kaaba, à La Mecque, chez des copines musulmanes, visionné des reportages sur ces millions de femmes et d’hommes gravitant autour du monument sacré mais, à l’époque, cet événement ne m’avait pas plus interpellée que cela. D’ailleurs, je ne savais même pas qu’elle avait été construite par Abraham et son fils Ismaël, sur ordre du Seigneur.

À peine arrivée à La Mecque, je me suis rendue à la mosquée.

Si en France les musulmans sont majoritairement des Maghrébins, à La Mecque en revanche les Arabes ne représentent qu’une partie des pèlerins aux côtés des nombreux Asiatiques, Indonésiens, Pakistanais, Malaisiens, Indiens, Chinois, Africains. J’ai même lu ensuite que des musulmans d’autres nationalités étaient présents :

Russes, Albanais, Américains, Turcs, Brésiliens, et j’en passe… Je me demandais si j’allais pleurer la première fois que je verrais la Kaaba. Pour tous les musulmans du monde, sa place est unique et sa vue provoque une émotion particulière.

En m’approchant de la mosquée sacrée, construite en marbre blanc, je ne pouvais contenir mon émerveillement. Elle est tellement gigantesque et tellement splendide ! Sur l’esplanade qui lui fait face se trouvait une foule de fidèles venus des quatre coins du monde.

Le lieu peut accueillir plus d’un million de personnes ! Le pèlerinage à La Mecque est du reste le plus grand rassemblement humain annuel au monde. Plus d’un milliard cinq cents millions de musulmans sur la terre portent dans le coeur l’espoir de s’y rendre un jour ou d’y retourner.

C’est ainsi que je marchais, le coeur baigné de joie et d’humilité, au milieu de la foule, dominée par cette architecture d’une beauté impressionnante. Je me sentais toute petite…
La nuit a fini par tomber, le temps s’est rafraîchi, et la quiétude m’a enveloppée tout entière.

J’ai pénétré dans l’enceinte de la mosquée et, à mesure que j’avançais, je distinguais la Kaaba, monument imposant au milieu de cette marée humaine. J’ai prononcé des louanges et, alors que je pensais pleurer à chaudes larmes, je me suis mise à sourire, d’un sourire qui reste gravé dans ma mémoire. J’étais submergée par l’émotion. Des flashs de ma vie me revenaient, depuis ma T. S. jusqu’à l’île Maurice, tout avait un sens. Enfin j’étais heureuse, enfin j’avais trouvé le but de ma vie, je renaissais avec l’Islam ; mon existence ne m’échappait plus.

Ébahie, je me remémorais l’histoire que j’avais lue et relue avant mon départ.

En débutant ma Omra, je tentais de contrôler mon coeur afin qu’il ne se laisse pas distraire par le spectacle qu’il m’était donné de voir, au milieu de mes innombrables soeurs et frères. Je me rappelais que si mon corps tournait autour de la Kaaba, c’était surtout mon coeur qui devait se remplir du rappel de Dieu…

J’achevais la Omra… mais je vivais là l’un des plus beaux jours de ma vie.

Je passais du temps à La Mecque. Chaque jour, j’accomplissais mes cinq prières à la mosquée sacrée ainsi que le tawaf*. Puis j’aimais aller m’asseoir en face de la Kaaba et observer, méditer, contempler ce qui s’offrait à moi.

Je réfléchissais longtemps à l’humilité qu’apporte et enseigne le pèlerinage. Ici, pas de riches, pas de pauvres, pas de célébrités, ni d’inconnus, tous sont habillés pareil, sans fioriture ni signe distinctif de rang social. Chaque fois que j’y retournerais, le voyage serait un moment de guérison, de plénitude et de ressourcement. Une occasion formidable de me recentrer sur ma réelle condition, de revenir des illusions dans lesquelles nous font vivre nos ego gonflés à bloc.

1 Commentaire

  1. avatar
    Niangadou
    1 h 29 min - 21 février 2020 / Répondre

    Barakallahofik ma soeur pour ses témoignages pour ta sincérité et ton dévouement pour la oummah.Jazakallahou Kheir

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